On était à
Hellfest 2019 : Clisson, capitale de l’extrême

Parce que sa réputation est tout sauf usurpée, parce que l’expérience qu’il propose est aussi impressionnante qu’unique, le Hellfest demeure le rendez-vous de tous les superlatifs et génère une confiance aveugle et jamais démentie chez les festivaliers. Avec cette 14e édition, le festival clissonnais pourrait commencer à se reposer sur ses lauriers, tant l’organisation et la formule sont rodées. Alors, embourgeoisement du premier de la classe ou bien toujours le brasier aux tripes?


Jour 1. 18h53, arrivée sur site

Même si l’initiative n’a semble-t-il pas vocation à se reproduire, et qu'un passage officiel à 4 jours de festival ne semble pas envisagé, l'une des grandes spécificités de cette 14e édition est évidemment l’accueil du premier Knotfest européen, le festival itinérant lancé par le groupe Slipknot, sur les terres clissonnaises, comme une sorte d’énorme warm-up avant le lancement des hostilités "officielles" le vendredi. Alors que certains festivaliers, débarqués dès le début de la semaine sur les lieux, préfèrent s'adonner aux activités de camping ou les multiples animations proposées sur la Hellstage, la scène située à l'extérieur du festival et ne pas dépenser 66€ pour ce supplément de gros son, nous avons voulu tenter l’expérience. Premier constat : ça bouchonne sec aux entrées, mais aussi aux bars, moins nombreux puisque seules les deux scènes principales sont ouvertes en ce premier soir. Les premiers arrivés auront pu profiter notamment de Sick Of It All (photo) et Ministry. Les autres, venus après la sortie du boulot et garés comme ils ont pu (et parfois bien loin du site), savourent leur première mousse fraîche sur le son de Papa Roach et Powerwolf.


20h15, du zombie et des masques

La programmation de ce premier soir est à la fois ambitieuse et particulièrement éclectique, voire un brin hétéroclite : un vrai barnum esthétique mais, contrairement au Hellfest, sans alternative possible. Si vous n’aimez pas le groupe qui passe, allez boire une bière ou rencontrer des gens, parce qu’il n’y a pas d’autre concert à portée de main. Décidément, il faut le prendre comme une soirée de chauffe kingsize et, de fait, les festivaliers semblent avoir des attentes raisonnables et profiter sereinement de cette mise en bouche de haute tenue. Après des sets bien convaincants de Rob Zombie (mention spéciale pour la reprise des Beatles) et des vikings d’Amon Amarth, c’est au tour des rois de la soirée de prendre la scène d’assaut. Le gang Slipknot, revenant en Europe en amont d’un imminent nouvel album, est visiblement très heureux d’être là et déroule un show teigneux devant un public ravi. Seul bémol, le son pas franchement convaincant, tassé, sans relief, un comble pour la tête d’affiche organisatrice. Du reste, on passera notre tour pour Sabaton, vu (et pas aimé) il y a deux ans, histoire de ne pas s’user les esgourdes dès le premier soir... ce qui, bien sûr, n’aura nullement empêché de profiter du reste de la soirée au camping et d’inaugurer dignement les nouvelles tentes du metal corner, le coin "after" du festival.


Jour 2. 12h51, This is my Family !

Le lendemain, les choses sérieuses commencent. Déjà munis de nos pass, nous accédons rapidement cette fois au site. On y retrouve en tout confort les fondamentaux qui ont fait leurs preuves en termes de configuration des lieux, d’organisation ultra rodée, de soin apporté tant à l’esthétique qu’aux aspects fonctionnels, et aussi l’ambiance unique d’un endroit où on se sent d’emblée à l’aise, comme à la maison… Bon, mais alors disons une maison improbable où entre qui veut et où tout, vraisemblablement, se passera bien et avec le sourire.

Pour cette première journée, on décide d'abord de se focaliser sur la Warzone pour aller taper du pied sur The Rumjacks. Les australiens nous entraîneront à bord de leur navires, rythmé au son de leur punk celtique, mixant balade folk et joli bordel. On enchainera sur The Dwarves, tout aussi efficace avant de faire notre petite pause sandwich raclette + glace, le combo gagnant ! Mais ceux que l’on attendait surtout en cette première après-midi sont bien The Interrupters. La famille Binova, menée par l’excellente Aimee Interrupters, nous fera skanker sans relâche, nous envoyant des messages d’amour et de paix entre chaque morceau. C’est beau, c’est jovial, c’est tout ce qu’on aime.


18h35, premières grosses déflagrations

On ne peut s'empêcher de constater en ce vendredi, que la foule est déjà là. Les plaines devant les scènes principales sont déjà bien remplies et devant les autres scènes, ça devient vite engorgé. On se plante un moment devant le rock inspiré et stylé de Graveyard sur la scène Valley avant d’enchainer avec les Dropkick Murphys et leur savant dosage de facilité et de générosité, de bourrin et de festif. Et puis, quand même, on s’en va goûter Venom Inc., par curiosité et finalement on y reste plus que prévu. De la présence, du métier, il y en a au kilo et ça force le respect. On décide d’aller explorer la nouvelle Hell’s Food Court, le coin bouffe et bonheur, refaite à neuf pour notre plus grand plaisir cette année.


22h40, la montée en puissance des scènes françaises

En se prenant un peu de temps entre les scènes pour arpenter le site, on découvre les nouveaux aménagements réalisés depuis l’édition précédente. Il y a des choses un peu anecdotiques comme l’horloge géante et des réalisations plus concrètes comme la réorganisation des bois : paillage en copeaux, plus de place assises et changements de déco. De même, on a abandonné le système des queues pour la vente aux stands merch et ça semble nettement plus tranquille et moins décourageant que les années précédentes.

En attendant, retour vers les scènes principales, et en l’occurrence la 2e, dévolue ce jour-là à la scène française. Une gageure et une occasion pour les groupes qui s’y produisent de montrer qu’ils sont à la hauteur de la confiance qu’on leur offre. Après No One Is Innocent et Ultra Vomit, c’est au tour de Mass Hysteria (photo), qui ont déjà une belle histoire avec le Hellfest et qui sont manifestement très attendus. En l’occurrence, ils dispensent un show impressionnant, millimétré et généreux, tonitruant et qui remporte la mise haut la main. Après ça... bon ben ça aurait dû être Manowar, mais l'annulation de leur concert, le matin-même a déjà fait couler beaucoup d'encre et marrer la galerie pendant tout le week-end. Ils sont remplacés au pied levé par… Sabaton, toujours présents sur le site depuis le Knotfest de la veille et qui ont saisi l'occasion pour remettre les festivités. On passe évidemment à nouveau notre tour pour aller voir les vieux briscards des Descendents, qui font un concert plus qu’honorable sur la Warzone. Malheureusement, après le shoot d’énergie de Mass Hysteria, le contraste est un peu raide. On profite gentiment, sans regret mais sans fièvre non plus.

01h35, l’explosion Gojira

Retour sur la Valley, pour le concert très attendu des américains Fu Manchu. Un live bien gorgé de fuzz et de riffs stoner du meilleur goût. Suite à ça, il sera bientôt l’heure d’aller prendre sa claque de la soirée. Mais on ne l’attendait pas si forte ! Elle vient à nouveau de la Main Stage 2 avec les derniers français en lice, à savoir Gojira. Purée, quelle performance ! Tout était impressionnant, bien vu, élégant et précis. Plein de maturité, de maîtrise et d’envie, le groupe fait un set impeccable qui met tout le monde d’accord. Un petit bijou bien noir qui clôt idéalement cette première soirée, au point qu’on n’ira même pas chercher à voir la fin de Sum 41. On rentre au camping et on se fera embrigader jusqu’au bout de la nuit par un after des plus improbables. Quoi de mieux pour une finir une soirée metal arrosée que d’aller chanter du Indochine et du Céline Dion au Macumba jusqu’au levé du soleil ? 

Jour 3. 11h35, ça ne démarre pas si doux pour un samedi ensoleillé

Que tous ceux qui râlent devant une prétendue trop grande ouverture du festival à un public “autre” que metalleux (sous entendu on n’est plus entre nous, on est envahi par des beaufs qui n’y connaissent rien, ouin ouin ouin) se rassurent : il n’y a pas de “dilution” de l’état d’esprit général, et la spécificité de la scène metal reste bel et bien là. J’en veux pour preuve, la mélomanie profonde qui anime la plupart des festivaliers, au point d’être sur le site du festival et en nombre dès les premiers concerts à 10h30. Sur bien d'autres festivals, les groupes programmés si tôt dans la journée joueraient devant un public très épars. Là, pour Coilguns sur la Valley il y a déjà foule, et l’enthousiasme est là. De même, quand vient le tour de Shaârghot, on en oublierait presque qu’on est en fin de matinée. Sous la tente Temple, tout le monde se laisse happer par l’electro punk séduisant de ce groupe à l’univers cohérent et l’esthétique léchée. 

13h10, la Warzone a la banane

En discutant avec les gens, on prend conscience d’une tendance double qui semble assez partagée, au delà des goûts spécifiques de chacun. D’abord, alors que les années précédentes chacun avait quand même ses scènes de prédilection et qu'on ne bougeait parfois que très peu, cette année on se trouve intéressé par des concerts sur des scènes qui d’ordinaire nous tentaient moins. Volonté de brasser les publics et de les encourager à ne pas se nicher avec systématisme dans des “chapelles” dévolues à un style attendu ? Ce phénomène se trouve renforcé par un certain élargissement de l’ouverture stylistique du festival, notamment avec des esthétiques a priori éloignées du metal mais finalement très cohérentes en matière d’influences (Sisters of Mercy et Young Gods par exemple) ou encore avec un focus en ce samedi sur la scène rockabilly/psychobilly sur la Warzone, d’ordinaire plus habituée au punk et au hardcore. Mais ça fonctionne très bien, avec une brochette de groupes goûtus : Creepshow, Batmobile, The Living End et surtout Mad Sin. En attendant, petite pépite de découverte exotique sur la scène Altar, avec le death mâtiné de jazz de Trepalium. C’est inattendu mais ça marche plutôt bien.


15h34, Punish Yourself, Mad Sin : après-midi festif et dansant

En guise de confirmation de ce nomadisme récurrent sur cette édition 2019, on se découvre à venir pas mal sur Temple et Altar justement. Enfin, ça c’est quand on peut y entrer, car dès cette heure encore précoce de l’après-midi, ça déborde de partout, et on assiste de l’extérieur à l’excellente prestation furieuse et déjantée, festive et foutraque de Punish Yourself. Show bigarré, électrisant, dansant, prolifique, une belle réussite pour un groupe qui a déjà beaucoup de bouteille mais qu’on découvre bien présents pour un public qui en redemande. Bonne surprise également avec Eisbrecher dont on n’attendait rien et qui fait plutôt bonne impression. Un détour par la Valley pour avoir un avis sur Sumac et direction la warzone avec les fous joyeux de Mad Sin : un vrai bonheur, bien furieux mine de rien, généreux en diable et sans faute de goût (jusqu’à la reprise aussi inattendue que bien troussée d’Ace of Spades, qui résonne facilement ici comme un hymne national). Pour un groupe millésimé 30 d’âge, c’est tout sauf poussif et convenu.


17h43, au bout d’un moment, il faut se remplir d’autre chose que de musique et de bière (c’est triste, mais c’est comme ça)

On baguenaude gentiment entre Eagles of Death Metal, Moonspell, Combichrist et Sham69, avant de se résoudre à l’évidence que la priorité devenait autre que musicale : manger ! La richesse des offres de restauration constatées les années précédentes reste de mise. Cette année encore, ce n’est pas forcément donné sans être complètement excessif, et en tout cas chacun peut y trouver son compte avec globalement la qualité au rendez-vous. Qu’on veuille manger des huîtres, des glaces artisanales, des falafels, de la tartiflette ou des spécialités d’Amérique du Sud, c’est possible. Mais celui qui veut se la jouer burger, nouilles ou pizza n’est pas en reste. Et puis, quitte à prendre le temps de se poser, un détour par le bar à muscadet pour accompagner la pitance peut s’avérer une bonne idée. Et là, on est obligés de reconnaître que l’effort fait sur l’aménagement de l’espace restauration principal a été important. Plus de places assises, de spots en hauteur pour poser son repas, un espace bien organisé, une grande fontaine centrale qui ne cessera jamais d’être peuplée à mesure que la chaleur grimpera dans le week-end… Qu’on aime ou pas la déco, il y a de vrais progrès sur le plan fonctionnel.


21h57, les Wampas enflamment la Warzone

Une fois dignement sustentés, on reprend les hostilités doucement avec The Ocean, puis on s’en va voir ce que va donner le concerts des Wampas sur la warzone. Ce groupe a de particulier qu’on développe vite un rapport éminemment affectif aux gars comme à leur musique, ou alors on passe complètement à côté. Dans tous les cas, c’est vraiment sur scène que ça se passe, et on était curieux de voir ce qu’allait donner la bande à Didier dans un espace aussi démesuré. Et ça a été dingue, comme à chaque fois. Didier Wampas est décidément un mystère humain, il réussit à aller chercher les gens au plus près quelque soit le contexte, les conditions. Après avoir démarré doucement, ça n’a pas arrêté de grimper en folie et en plébiscite festif. Le pogo permanent en ébullition constante devant la scène était littéralement dantesque. On oublie parfois que dans le phénomène Wampas, il y a la rencontre entre un groupe et le public, et aujourd’hui comme souvent les deux ont donné beaucoup. Après ça, autant dire que se retrouver devant ZZ Top avait des airs de dimanche devant Drucker, et on s’est trouvés bien inspirés d’aller se coller devant les japonais d’Envy, qui ont délivré un concert extraordinaire. Maîtrise des nuances, sens des contrastes, narration lente ou explosive, implication totale, LA claque mémorable du week-end.


23h50, last Kiss but not least

Dans le registre “papi fait sa tournée d’adieux" (auxquels on croit ou pas, on attendait évidemment les vétérans grimés de Kiss. En imaginant un show grandiloquent mais convenu, un peu pompeux et fatigué : la surprise n’en a été que meilleure. Une scénographie finalement assez sobre, de la place pour la musique, et une belle prestation des musiciens, qui ont plus que fait le job. Force est de constater que, si on enlève les oripeaux glam et strass, la structure des morceaux relève plutôt d’un bon vieux “rock à papa”, mais ça groove, c’est propre, bien fait, bref très digne. 

On ne va pas se mentir, on était quand même davantage excités par cet ovni de la programmation 2019 qu’était la venue des mythiques Sisters of Mercy. Le groupe emmené depuis 1980 par Andrew Eldritch est non seulement rare mais une référence absolue pour nombre de groupes de la sphère gothique, bien que son esthétique “rock, synthé et boîte à rythmes” soit très éloignée des poncifs actuels du genre. Belle prestation en tout cas, portée par les ambiances lourdes et hypnotiques comme par la voix sépulcrale d’Eldritch, et bel accueil du public pour un concert qui sortait largement des sentiers battus. On se sépare et on termine la soirée avec le set de Cult Of Luna d’un côté, là encore très fort, très prenant. Une bulle enivrante de nappes et de déflagrations mêlées, qui invite ensuite à une redescente en douceur, et d’Architects de l’autre. Les anglais de Brighton nous livrent un show tellement propre, violent, émouvant, parfait en cette fin de deuxième jour. Retour pour nous sur les terres des afters entre la Fury et la Party Tent. On peut aimer la noirceur doloriste et finir sa nuit par une chenille sur le dancefloor avant de rejoindre le camping.


Jour 4. 11h05, petit déjeuner sonique sur la Main Stage

Le dimanche est souvent (et en toute logique) le jour où la fatigue, la saturation auditive et les excès des jours précédents commencent à présenter la facture. Ajoutez à ça un peu de chaleur qui bastonne et un jour supplémentaire au compteur cette année avec le Knotfest, et on est en droit de craindre de gros moments de mou, voire de rejet de la foule et du gros son. Moments que d’aucuns anticipent en dosant l’effort, s’accordant des pauses siestes/apéro/convivialité au calme, en dehors de l’enceinte du site. Pourtant, nous sommes la, café en main, devant Insanity Alert que nous ne voulions surtout pas rater. Leur trash metal totalement absurde et assumé nous fera faire notre premier footing du matin, 30 minutes de circle pit, ca réveille ! Après cette bonne dose d’adrenaline, on se pose tranquillement pour voir ce que donnent les Nova Twins, repérées lors des dernières Transmusicales, dans un contexte XXL comme la scène principale du Hellfest. Non seulement ça assurait, mais le public, déjà très fourni en cette fin de matinée, a clairement aimé cet objet atypique et plein de tempérament, hybride de punk et de hip-hop teigneux et bien foutu. Chapeau les filles, hold-up réussi. On a enchaîné de manière tonique avec les américains de Municipal Waste avant de s’accorder une nécessaire pause à l’ombre loin du bruit et de la fureur. Il faisait déjà chaud, c’était déjà gavé de monde partout, il fallait se donner les moyens de redevenir disponibles à la suite des hostilités.


16h05, un Clutch et ça repart ?

Dédaignant globalement le focus trash metal et les mastodontes plus mainstream se partageant les deux grosses scènes, on s’est progressivement mis à picorer d’un endroit à un autre, goûtant tantôt Yob et Acid King sur Valley ou les Cancer Bats sur la Warzone. Et puis, on a fini par se poser sur la plaine pour profiter de loin du bon gros groove de Clutch. Là, pas de surprise, mais effet garanti, les gars savent faire. La bière n’étant finalement pas la solution à tout, on s’octroie un gros spot repas à l’écart du champ de bataille, le temps de discuter avec de parfaits inconnus, ce qui reste encore une des plus gros plaisirs de ce festival. La simplicité avec laquelle les gens se parlent, s’intéressent sincèrement les uns aux autres, prennent soin, se marrent ensemble deux minutes avant de se quitter sans rien attendre derrière, ça fait clairement partie des choses qu’on vient retrouver dans ce pèlerinage annuel. Et ça vaut bien de rater quelques concerts.


21h30, transe bienvenue avec les Young Gods

Ayant donc dédaigné la musique un moment, on y revient tranquillement pour une autre curiosité de la programmation avec le concert des Young Gods, trio suisse inclassable et bien loin de l’univers du metal. On était, là encore, curieux de voir ce qu’allait donner cette rencontre improbable et là encore, ça a super bien fonctionné. Ravis de constater l’accueil enthousiaste d’un public décidément impressionnant d’ouverture et d’écoute, les musiciens ont déployé leur musique si singulière, leurs atmosphères électro-organiques et poétiques, leur poésie minimaliste et hypnotique. Un vrai moment suspendu qui donnait une bouffée de fraîcheur à cette fin de journée avant la dernière ligne droite du week-end. En l’occurrence, le doublé plein de contraste Slayer/Tool. Les premiers, en pleine tournée d’adieux (qui en seront probablement de vrais, cette fois-ci), ont livré un set sans surprise mais bien là, avec, entre deux effets pyrotechniques, le déroulé d’un répertoire désormais iconique.


01h25, Tool, tout simplement

La venue de Tool au Hellfest était évidemment un événement à bien des égards. Programmer le groupe en clôture de festival, en revanche, c’était un pari. On était en effet bien loin de leur prédécesseurs à ce poste l’an dernier, Iron Maiden. Le groupe a démarré dans une clameur générale qui en disait long sur l’attente qui l’accueillait. D’emblée, il a posé ses marques en invitant à une immersion dans une identité, un univers, une approche uniques. De fait, déplorant qu’on ne voie pas les musiciens sur écran géant, qu’il n’y ait aucune prise de parole entre des morceaux par ailleurs longs et non formatés, une partie du public a probablement décroché. Ce fut pourtant un concert idéal quand on connaît le groupe et ce qu’il a à donner. Des visuels de toute beauté, un son absolument parfait qui laissait de la place et du relief aux tessitures de guitare, au groove de la basse, au jeu infiniment riche du batteur et à la voix décidément incroyable de Maynard J. Keenan. Un set irréprochable revisitant le répertoire du groupe et ouvrant une fenêtre sur le nouvel album à venir, le tout dans une narration qui fait que l’heure et demi est passée presque trop vite. Un voyage sombre et solaire à la fois, tranchant et englobant, beau et violent. Le concert se sera révélé aussi mémorable qu’avait été profonde l’attente qui l’avait précédé. Pari réussi haut la main, donc.  

Le bilan

Côté concerts

La sortie de scène pas ratée
Kiss et Slayer, retraite méritée et sans avoir démérité pour ce dernier tour de piste

L’entrée dans la cour des grands
Mass Hysteria et encore davantage Gojira, impressionnants de maturité et de puissance

Le cabaret de curiosités
Sisters of Mercy et Young Gods, Grands Anciens improbables et plébiscités

L’attente récompensée
Slipknot, malgré un son décevant, un retour en forces qui dépote

La blague du week-end
Manowar, qui ont pris cher pendant trois jours dans nombre de conversations mais auront bien fait marrer tout le monde finalement

La jeune pousse qui donne de la fraîcheur
Shaârghot et Nova Twins, identité bien trempée et grosse présence scénique

La classe impériale
Tool, ou comment le moment offert en vient à dépasser l’attente

La prestation généreuse qui met tout le monde d’accord
Mad Sin et les Wampas, sur la Warzone (ce qui est probablement tout sauf une coïncidence)

Le meilleur voyage
Envy, qui nous aura emmené très loin sans nous faire décrocher une seule fois !


Côté festival 

On a aimé :

- Les nouveaux aménagements qui continuent à parfaire l’ergonomie déjà impressionnante d’un festival forcément complexe à organiser
- Les urinoirs féminins entre la Main Stage et la Warzone, adieu l'attente !
- La programmation ouverte et audacieuse qui amorce intelligemment le renouvellement générationnel de ces scènes musicales
- La disponibilité, la patience et la bonne humeur des bénévoles, encore et toujours
- Le comportement général des festivaliers, qui cohabitent spontanément dans la différence, prouvant que le public metal a suffisamment de qualités fortes pour intégrer les néophytes sans se diluer dans le processus
- Les nouveaux écrans géants des scènes princpales, impressionnants de qualité

On a moins aimé : 

- Les dépenses induites et pas nécessaires : ouverture de compte cashless, verres et pichets non consignés…
- Le manque de points d’eau régulièrement disposés sur le site
- Quelques bouchons humains et des scènes parfois trop bondées
- L'ouverture trop tardive des portes du Knotfest qui nous fera rater le début des festivités
- Beaucoup de queue au stand Merch Artistes, tous les jours, à toute heure

Conclusion

Un des enjeux du Hellfest est de ne pas toucher à ce qui fonctionne bien et en fait une réussite unique, tout en se renouvelant malgré tout. Tant du point de vue de la programmation que de l’aménagement des lieux, cette édition a tapé raisonnablement juste, modifiant la donne sans chambouler ce qui fait l’identité et la richesse de l’événement. L’expérience du Knotfest, pour intéressante qu’elle soit, aura aussi permis de vérifier que passer de 3 jours à 4, c’est probablement trop (de boulot pour les bénévoles, de fatigue pour les festivaliers). L’évolution permanente de l'un des plus gros festivals de France va donc se poursuivre d’année en année, en devant gérer au mieux une demande qui va probablement rester durablement bien supérieure aux capacités d’accueil. Mais au terme de cette 14e édition, cette situation semble plus que jamais justifiée tant le Hellfest reste décidément très très au-dessus de tout autre festival hexagonal. En toute objectivité, bien entendu...

Récit : Matthieu Lebreton et Kilian Roy
Photos : Kilian Roy