On était à
Wolfi Jazz : derrière la forteresse, le talent à l’état brut

A la lisière de Wolfisheim se cache le Fort Kléber. Appartenant à la ceinture fortifiée de Strasbourg, il accueille le festival Wolfi Jazz depuis 2011. Nous connaissons déjà bien ce festival, incontournable de la région. De grosses pointures à l’affiche : du très lourd à venir !


Jour 1. Mercredi 26 Juin. 18H50, sur le chemin du fort

Depuis Strasbourg, il n y a que quelques kilomètres qui nous séparent de Wolfisheim. La piste cyclable qui longe la rivière « La Bruche » est une très belle mise en jambe bucolique pour nous amener sur le site du fort Kléber à vélo. A peine arrivés sur le site, c’est bracelet au poignet que nous faisons le plein de tickets pour les 5 jours, étant donné qu'il n'y a pas de cash sur le site. Par rapport aux autres années nous remarquons tout de suite qu’il y a une scène en moins sur l’esplanade et que le chapiteau est découvert.


19h30, la blonde, le pianiste et la brune

Tickets en poche nous commandons une pinte de blonde bien méritée. Mais très vite le public applaudit l’entrée en scène d’André Manoukian. Il va alterner les anecdotes sur l’histoire du jazz, ses déboires amoureux avec les chanteuses et ses rêves de gosse d’être pianiste de jazz. Une belle introduction pour annoncer l’entrée de China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater ! Commence alors un superbe duo dans une ambiance piano-bar. Finalement on aura eu droit à un moment musical inoubliable !


21h00, petit moment culinaire

La scène en moins nous laisse une bonne demi-heure de temps mort avant le prochain concert. Nous décidons alors de faire le tour des choix gastronomiques du lieu. Tartes flambées, knacks, foodtrucks libanais, burgers ou encore salades, on a du choix ! La file d’attente est tout à fait acceptable, que ce soit pour boire ou manger, du moment qu’on a bien pensé à prendre des tickets.


21h30, ça groove grave dans le coin

C’est repus d’un bon burger que nous nous dirigeons vers la scène histoire d’être bien placés. Lisa Simone, fille de Nina, entre en scène avec son groupe et nous gratifie de quelques mots en français dans un accent tout à fait charmant. Son groove vous prend doucement aux tripes dans un rythme lancinant et finit par vous secouer comme dans un shaker. Avoir pris le pari de supprimer le chapiteau couvert est gagnant et à notablement amélioré la qualité du son. Un très bon point à l'organisation !


Jour 2. Jeudi 27 Juin. 19h20, un petit tour aux douves

Nous arrivons pour la fin du concert d’Ork qui joue sur la scène des Douves. Une scène gratuite en contrebas de la scène de l’Esplanade. Il y a de quoi manger, boire ainsi que des toilettes. Tout le confort pour permettre de venir écouter des artistes gratuitement en annexe des "gros" concerts du soir. Mais le talent est bien présent pour ce groupe de deux musiciens. Beaucoup d'énergie est délivrée dans cette musique électro jazz.


19h50, où est passé le bassiste ?

Après cette mise en jambe nous montons vers la scène de l’Esplanade pour aller écouter Theon Cross. Ce groupe est une découverte pour nous. Il se compose de quatre musiciens talentueux, une saxophoniste, un guitariste et un batteur, tous très jeunes, qui accompagnent Theon, le soliste avec son tuba. Autant vous dire qu’il n’y a pas besoin de bassiste dans ce groupe avec un tel tuba ! On en prend plein les oreilles, c’est le pied !


21h00, la dalle !

La musique, ça creuse et c’est presque en courant qu’on se dirige vers les foodtrucks pour commander un burger Western. Que des produits locaux, un pain brioché et une délicieuse sauce barbecue. Il y a possibilité de l’accompagner d’une galette de pomme de terre. Impec pour faire le plein d'énergie et enchaîner avec les géniaux Snarky Puppy. Mais avant un petit tour aux toilettes sèches du site montées pour l’occasion. Elles sont propres, confortables et écolos, quoi demander de mieux ?


21h29, Snarky, sans appel mais avec rappels.

On sent la tension et l’excitation dans la foule à quelques minutes du début du concert. C’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’entre en scène Snarky Puppy. Neuf musiciens tous plus talentueux les uns que les autres. Le concert est énorme, tout est carré et on sent la complicité et l'envie de jouer ensemble. C’est sans appel que la sentence tombe : pas moins de deux rappels ! A noter que ce soir le concert est enregistré et le live sera disponible sur leur site dans les deux semaines.


Jour 3. Vendredi 28 Juin. 19h20, on se croirait au Caire

C’est à peine arrivés sur le site que nous allons chercher la fraîcheur dans les douves pour écouter Abozekrys Trio. C’est un doux mélange de jazz et de musique orientale. Ils sont trois virtuoses complémentaires et nous assènent une musique rafraîchissante et rythmée. A noter que Mohamed Abozerky, égyptien d’origine, est l’étoile montante du oud dans le monde (guitare typique à 3 cordes). On se laisse porter par cette musique envoûtante et fascinante. 


20h00, des tartes et les caraïbes

En remontant vers la scène de l’Esplanade nous en profitons pour gouter les tartes flambées proposées (7€ pour une normale, 8€ pour une gratinée). Ce ne sont pas les meilleurs que l’on ait mangé mais  « ça fait le job ». On enchaîne avec un superbe ensemble, basse, batterie, piano : Mario Canonge trio. Entre rythmes chaloupés et jazz, cette musique distille un subtile mélange des genres... Le son est toujours aussi bon sur cette scène, on vibre à chaque note.


21h30, moins cher qu’un billet d’avion

On s’octroie une petite pause pour se désaltérer avec une pinte de Fisher Tradition avant le début du concert de Salif Keita. Les musiciens arrivent en masse. Ils sont dix sur scène : Salif, deux chœurs, un clavier, un bassiste, un batteur, un sampler, un guitariste, un percussionniste, un joueur de kora (guitare traditionnelle africaine). C’est un voyage en Afrique sans avoir à prendre l’avion. Tout le monde danse dans le public. Une spéciale dédicace au solo démentiel de percussions ! 


Jour 4. Samedi 29 Juin. 16h55, des clowns, des poneys et des contes

Aujourd’hui nous décidons de venir un petit peu plus tôt, histoire de faire le tour des animations pour les enfants. On fait donc un saut chez « les p'tits loups ». On y trouve des tours en poney, un atelier de maquillage, des jeux en bois, une salle de contes, de la peinture sur tissu, etc... Les animations sont gratuites pour certaines et payantes pour d’autres (entre 1 et 5 euros). Les enfants ont l’air de bien apprécier. 


17Hh10, un air d’Islande

Le groupe Elinoa commence son set. On remarque tout de suite quelques touches de Björk dans la voix de la chanteuse. La formation est originale, une chanteuse et trois musiciens à cordes : un guitariste, un contrebassiste et une violoniste. La musique est très lyrique, la voix virevolte. L’ambiance est vraiment particulière, une partie du public est allongé dans des transats sur l’herbe. Les compositions sont très travaillées, la musique est planante, une belle touche originale en ce début de soirée. 


18h30, une pause manouche et du funk

On décide d’écouter le jazz manouche de Steeve Laffont trio de loin pour faire une pause avant de rejoindre le groupe de Daniel Zimmerman. Ce groupe nous a donné la chair de poule, ça groove, ça joue funk et le son est énorme. Il fait partie des artistes qu’on a rajoutés de suite dans les playlists de nos sites de streaming préférés. Le solo de batterie reste encore dans nos mémoires, tout comme les mimiques du guitariste.


21h30, tous ensemble

On file écouter Ibrahim Maalouf et l’Haïdouti Orkestar. On ne compte pas moins de seize musiciens sur scène ! Le public est mis à contribution tout au long du concert, pour chanter et même venir danser sur scène. C’est une musique très festive et communicative. Durant le set on entendra une chanteuse kurde, un chateur turc qui chante en arabe, un serbe qui chante en turc, une danseuse orientale, etc… TOP ! On va faire de beaux rêves.


Jour 5. Dimanche 30 Juin. 16h00, quelques coups de blues et ça repart

On arrive sur le site et on découvre un extraterrestre. Kēpa, un homme-orchestre seul sur scène avec une petite moustache qui joue à la fois de la guitare dobro, de l’harmonica, de la grosse caisse et qui chante. Une belle ambiance de blues plane dans les douves et l’on sent que les champs de cotons ne sont pas loin. Il y fait tellement chaud cet après-midi que le dobro métallique doit être réaccordé après chaque morceau… signe qu’il est temps d’aller se rafraîchir au bar !


17h00, la très très bonne surprise

On savoure notre petite bière tranquillement et là, une voix, un son de guitare nous prennent aux tripes. Quel est donc cet ouragan ? C’est le Flo Bauer Blues Project qui continue dans l’ambiance blues. On ne connaissait pas du tout ce jeune guitariste-chanteur d’à peine plus de vingt ans mais c’est la claque ! On est sur les terres de gars comme Johnny Lang ou John Mayer, il faut retenir ce jeune artiste très prometteur ! Encore un qui va se retrouver dans la playlist, ça commence à grouiller de monde là-dedans !


18h30, un conte des guitares

On décide de faire un petit tour dans la salle dédiée aux contes pour enfants. Une lectrice, une professeure de guitare et ses tous jeunes élèves pour ponctuer le récit et c’est parti. C’est mignon mais on est vite appelés par les cris de la guitare électrique du groupe Delvon Lamarr Organ Trio : un orgue, un guitariste et une batterie pour une ambiance très funk. De bonnes vibes pour un excellent moment avec ce groupe.


20h00, le grand Miles Davis à l’honneur ce soir.

Dès les premières notes l’âme de Miles Davis envahit la scène de l’Esplanade. Tout d’abord avec le groupe de Nicolas Folmer dont l’influence de Miles est difficilement niable et ensuite à 21h30 avec l’entrée en scène du très grand Marcus Miller ! Le public est plus studieux que pour les autres soirs. On écoute plus la musique qu’on ne la vit mais nous avons tout de même la chair de poule durant tout le concert.  « Tutu », morceau écrit en collaboration entre Miles et Marcus, clot ce festival en apothéose !

Le bilan


Côté concert

L’humour et la sensualité
André Manoukian et China Moses, un couple parfait.

Nouveaux ajouts à notre playlist
Mario Canongue trio, Daniel Zimmerman, Flo Bauer blues project, coups de cœur du festival.

Les grosses claques
Lisa Simone, Snarky Puppy, Ibrahim Maalouf et l’Haïdouti Orkestar, certains bien connus et d’autres pas mais le résultat a été le même !

L’originalité
Ellinoa et sa voix envoûtante ainsi qu’Abozekrys trio et leur musique venue d’ailleurs

Le voyage en Afrique à moindre frais
Salif Keita et son équipe nous ont transportés au-delà des frontières.


Côté festival

On a aimé :

- Le site, qui est bien exploité et permet d’avoir deux espaces et ambiances différentes entre les Douves et l’Esplanade.
- Le public très connaisseur et qui avait vraiment envie de participer en chantant et dansant.
- La programmation toujours variée et de qualité.
- Le son en nette amélioration avec le chapiteau découvert.
- La diversité de la nourriture proposée

On a moins aimé :

- La scène en moins sur l’Esplanade (par rapport à la session 2018) et donc moins de concerts durant la soirée.


Infos pratiques

Prix des boissons

3€ les 25cl de bière et 6 € la pinte.
2€ pour les boissons softs (eau et sodas)
7€ pour les Burger et les tartes flambées

Prix du festival

Petit Pass Rouge - 3 jours :: 80€
Grand Méchant Pass - 5 jours : 160€
Entrée du soir - Entre 30 € et 55 € en fonction des artistes

Transports 

Parking à vélo éphémère à 20 mètres de l’entrée. De nombreuses places de parking dans la zone commerciale avoisinante (5 minutes à pied). A noter que les rues justes autour du festival sont coupées à la circulation.

Conclusion

Une neuvième édition plus que réussie pour un festival qui nous promet chaque année une programmation au top. Un public réceptif et des bénévoles serviables et souriants. Nous avons regretté la scène en moins dans l’espace payant mais le chapiteau découvert a offert une bien meilleure expérience sonore. On a très hâte de revenir l’année prochaine !

Récit : Sébastien Michel
Photos : Pierre-Emmanuel Corvi