On était à
Festival Yeah!, 3 jours de vie de château dans le massif du Luberon

Complet en seulement quelques minutes, le festival Yeah! est maintenant l'un des événements les plus attendus de l’été. Et pour cause : passer 3 jours au pied d’un château sous le soleil du sud de la France avec une programmation concoctée par Laurent Garnier et son équipe a tout pour nous faire passer un des plus beaux week-ends de l’été. Retour à Lourmarin où le temps s’est arrêté pendant 3 jours.

Vendredi 1er juillet, 20h30, découverte de notre palais du week-end

Elu en 2017 meilleur micro-festival lors des Festivals Awards, le festival Yeah! ouvre ses portes en ce vendredi 1er juin. Notre premier arrêt se fait du côté du camping, le seul du village, où nous croisons quelques têtes connues rencontrées l’an dernier. Le temps est de la partie, l’occasion de prendre un apéritif avant de se diriger vers le festival. Posé en haut d’une colline, le château où se déroulent tous les concerts du soir, les seuls payants, surplombe le village. Le festival est de très petite taille, aucune attente pour la pose des bracelets, aux couleurs bleu blanc rouge, avant de redécouvrir ce magnifique espace avec bassin dans la cour basse de la demeure.

21h40, Tshegue, châtelaine de Lourmarin

On reprend très vite nos marques, comme si l’édition 2017 s’était à peine terminée. Rien a changé ou presque. Dans la partie haute du château, la grande scène accueille la révélation de l’afro punk Tshegue (photo). Déjà croisé à plusieurs reprises, le collectif ne déçoit pas et nous emmène en moins d’un morceau dans une ambiance festive et absorbe le public avec sa trance hypnotique. Faty Sy Savanet ne laisse de repos pour personne et c’est vers l'un des 2 bars de part et d’autre de la scène qu’on se précipite à la fin du set pour reprendre des forces. La pinte de Carlsberg est à 5€50, 6 pour la blanche. Utilisation surprenante du Cashless : le cash est accepté partout, pour payer en CB il faut créer un bracelet cashless. On fera un mix des 2 tout le week-end.

23h30, montée et descente musicale

Présent en live l’an dernier The Liminanas se charge des inter plateaux cette année et anime tranquillement le public avant que les belges de Girls in Hawaïi (photo) ne prennent la scène. Même si certains morceaux sont un brin plus punchy que d’autres, le groupe de pop mélodique fait gentiment redescendre l’ambiance et le ton donné par Tshegue. L’un comme l’autre aurait mérité d’être inversé dans le line-up. D’autant que pour clôturer la soirée, le duo DBFC remonte l’énergie et l’ambiance avec un joli mélange d'électro et de rock tonic et psychédélique. Une première soirée en montagne russe musicale qu’on aurait aimé un peu plus progressive.

Samedi 2 juillet, 14h, Moustic, trouvère de l’après-midi

En festival la météo peut tout changer. Jusque-là tout va bien, à 11h on est allongé au bord de la piscine du camping avec une grosse poignée de festivaliers qui font de même. En journée tout le programme est entièrement gratuit et dès le début d’après-midi les festivaliers peuvent se promener entre la place des bars, où les Sheitan Brothers sont programmés, et le boulodrome pour le célèbre tournoi annuel de pétanque. Après un restaurant en terrasse c’est vers la seconde option qu’on se tourne. On ne change pas une équipe qui gagne. Pendant que certains tirent et que d’autres pointent, Jules Edouard Moustic balance des tracks et chauffe le public à coup de remix de Katerine, Blur et Nirvana comme jaja. Un beau n’importe quoi du samedi après-midi !

20h, le choix du roi

Le Yeah! c’est une petite famille. Nos voisins du camping sont marseillais et viennent depuis 5 ans. On passe un moment avec eux et plusieurs groupes d’amis rencontrés au fil des ans autour d’un verre avant de monter au château. Ils sont suisses, parisiens, lyonnais… et tous font leur pèlerinage annuel. L’arrivée sur le festival est un peu moins tardive et on fait un détour par le food court, l’espace de restauration à l’extérieur du château. Quelques stands de restauration et de producteurs artisanaux y sont aussi installés, comme Robert qui tente de nous vendre des lunettes en bois à coup de shot de Génépi !

On en profite pour se poser sur les praticables de la scène Vieilles Ferme, dans la basse-cour de la demeure. On écoute le concert de The Legendary Tigerman d’une oreille distraite en dégustant une planche charcuterie fromages à 22€ accompagné d’une bouteille de vin du festival à 12€.

23h20, Aufgang adoubé par le peuple

Sur la scène, le duo Aufgang (photo) démarre son show. Terminé le trio, la nouvelle formule propose un combo piano/batterie à la fois puissant et rythmé. Les morceaux sont longs et magistralement exécutés, les 2 musiciens maîtrisent tellement leurs instruments qu’un univers envoûtant est rapidement créé avec le public. La magie et l’intimité du château aident surement mais on vient probablement de prendre la claque du week-end .

Chaque soir à la sortie des concerts, la bonne humeur des festivaliers se fait ressentir : un Fiat Multipla se fait « interpeller » par un groupe de fans du véhicule, faisant une ola sur son passage. Un peu plus loin sur le chemin on constate l’amour du Yeah pour certains, prêt à monter aux lampes de la ville pour décrocher des drapeaux aux couleurs du festival. L'amour n'a pas de prix.

Dimanche 3 juin, 15h30 un temps à ne pas mettre un chevalier dehors

Les rares rayons de soleil de la journée nous permettent de profiter du brunch dominical du camping en musique, pendant que d’autres se font un méchoui géant au tennis club de Lourmarin. Rares rayons, car passé 14h, la journée ne sera plus que pluie, réduisant le nombre de festivaliers devant le concours de air Dj et le live d’Arnaud Rebotini (photo). Le festival est monté un peu en gamme : fini la petite tente devant le vestiaire, place à une vraie scène à la décoration minimale pour accueillir le live du dj français. Le récent vainqueur d’un César pour la bande originale de "120 battements par minute" ne lésine pas sur la distribution de groove techno-funk toujours avec son style rétro qui le caractérise. Autour de ses multiples synthétiseurs et séquenceurs, Rebotini nous fait cadeau d’un live brut et spontané. Il ambiance parfaitement le public qui brave la pluie, dont certains en ont profité pour prendre un petit bain de boue !

17h30, devenir un troubadour moderne

L’ancienne coopérative de fruits et légumes du village accueille chaque jour des conférences et des salons. Laurent Garnier et Ariel Wizman font entre autres partie des personnalités présentes. La grande halle, elle, abrite un grand marché aux vinyles, un salon d’arcade où les jeux retro comme Super Mario et Pacman sont là en masse et le Sound Village, un espace où les festivaliers peuvent tester les derniers modèles de synthétiseurs et clavier midi pour produire de la musique électronique. Cette année encore, il y a un grand choix de machines et d’outils pour le bonheur des plus petits mais aussi des plus grands. Sous les explications des exposants on apprend le fonctionnement des synthétiseurs, leur manipulation et les combinaison multiples possible pour créer le prochain hymne de la musique électronique. Geeks s’abstenir, c’est un coup à y passer la journée...

21h00, les jeunes princes venus de Kinshasa

Le dimanche pluvieux n’empêche pas le public d’être toujours nombreux pour les derniers concerts du château. Pas forcément convaincu par la prestation de Chapelier Fou, on attend avec impatience le set de Kokoko! (photo) dont toute la presse ne dit que du bien. Le groupe qui nous vient tout droit de Kinshasa démarre plutôt calmement. Ceux qui utilisent des instruments réalisés à base de matériaux de récupération vont mettre une bonne demi-heure à réveiller le public sous la direction d’un chanteur possédé comme peut l’être celui de BCUC à qui ils sont régulièrement comparé. Entre son ethnique, électro et rock, le nouveau son africain de Kokoko! est loin d’avoir fini de faire parler de lui.

00h30, Rone ferme les portes

Ce soir c’est Pasteur Guy qui se charge des changements de plateaux. En tunique violette, le pasteur prêche la bonne musique sous une croix à facette pour garder le public en forme avant la clôture. Il choisit même le fameux Rollin & Scratchin pour remettre tout le monde sur les chevaux pour les derniers moments du festival en compagnie de Rone (photo).

Accompagné de 3 violoncellistes pendant une partie du live, et habillé d’un t-shirt du festival, Rone reste fidèle à lui-même : un live planant et léger, mixant des morceaux récents avec des plus anciens, techno mais pas trop et beaucoup de montées transportantes. Un live un peu mou, mais féérique lorsque, juste avant le dernier « bye-bye Macadam », les 3 organisateurs montent sur scène pour partager ce moment avec le public. Un public qui d’ailleurs a décidé d’en faire autant, laissant l’équipe un peu débordée à tenter de faire descendre tout le monde. Un beau finish pour terminer cette parenthèse royale.

Le bilan

Côté concert

La baronne
Tshegue, ça va décidement devenir notre valeur sure

Résident d’honneur
Aufgang, la claque du château

Les futurs princes
Kokoko!, ce groupe a de l’avenir

Duc malgré tout
Rone, un beau moment mais ça manque un peu de peps

Côté festival

On a aimé

- L’ambiance toujours aussi détendue
- Une offre totalement gratuite en journée
- La musique de "bonne nuit les petits" à la fin de chaque soirée, on retourne en enfance
- L'espace food court, espace détente dans la détente

On a moins aimé

- La vitesse à laquelle les billets partent : beaucoup de déçus, très peu d’élus
- La bière : ça mériterait un produit plus local

Infos pratiques

Prix des boissons
La pinte de blonde à 5,5€

Prix de la nourriture
Planches pour 6 : 22€. Tout type de nourriture entre 5 et 12€.

Prix du festival
Pass 3 jours : 75€. Compter l'hébergement en plus. 

Transports
À 1h de Marseille, et 3h de Lyon

Conclusion

Le rendez-vous est désormais un pèlerinage annuel. Loin des énormes machines, le festival Yeah! a largement trouvé son public, qui vient autant pour le programme que pour l’ambiance détendue. On en profite pour passer un week-end au calme dans le sud de la France et s’enfermer dans une bulle où le temps s’arrête pendant 3 jours. Le plus dur commence maintenant : attendre les 12 mois qui nous séparent de l’édition 2019.

Récit et photos: Quentin Thomé, David Beltramelli