On était à
Natural Games 2019 : à Millau, restez Nature

Perchée sur le plateau du Larzac, la petite ville de Millau est décidément plus connue pour son viaduc que ses festivités. Pourtant, c’est sans compter sur le festival Natural Games, l'un des rares événements à mixer à la fois 8 disciplines sportives en compétitions officielles et des concerts live. Une formule on ne peut plus originale qui se déroule sur un site unique au pied de la montagne où sont attendues pas moins de 125 000 personnes cette année. Pour cette 12ème édition les organisateurs de l'événement ont décidé de miser sur la musique électro. On vous emmène !


Jour 1. 21h25, arrivée dans la vallée sous 40°C

Voilà un début de weekend qui se fait dans la souffrance. Un sacré bouchon sur la route n'aura fait qu'aggraver notre amertume de n’avoir pu être présent pour la soirée d’ouverture du jeudi ambiancée par Breakbot. Pas l'temps d’niaiser ! On se dépêche de jeter nos sacs dans l’un des nombreux campings de la ville. En effet, comme pour les éditions précédentes,  pas de pass ou de zone dédiée, il faut mettre la main au porte monnaie. Cependant, là plupart sont à 5/10 minutes de marche seulement du fest, le long des berges du Tarn ou de la Dourbie, bien ombragés et à des prix très raisonnables. La douche, ce sera pour plus tard !
 

22h15, bienvenue dans le brasier

Nous voilà enfin à l’entrée du site et, canicule oblige, la chaleur ne retombe pas. Autant dire que la longue queue pour pouvoir rentrer est des plus pénibles. Pas certain que l’orga soit responsable au vu du nombre d’agents de sécurité. Il y a fort à parier que tout le monde a vraisemblablement attendu la nuit pour débarquer. Il faut donc prendre son mal en patience, mais pour le coup la pression monte et les gens sont… bouillants ! On y est, petit crochet au stand cashless pour choper la carte à charger. Toutefois, avant d’aller s’enfiler une bière et de se ruer devant la scène, on va quand même boire un peu d’eau. D’ailleurs double pouces en l’air pour la vente de bouteille à un prix pas abusé vu les conditions (1.5€/1.5 litres). Différents food rucks sont sur place: burger, hot-dog, cuisine créole ou churros. On fera l’impasse sur la nourriture ce soir et on profite donc du DJ set de The Geek x VRV depuis la buvette. L’accès à cette dernière est vraiment rapide. Il y a plusieurs choix de bières, mais par contre la pinte est à 7€. De quoi rappeler notre ville de Lyon même au fond de l’Aveyron. Le revers de la gratuité. 


00h05, let’s groove 

Sur la scène unique, accolée au mur de bloc, le ton est donné. Guts, l’ancien membre d’alliance Ethnik, s’est entouré de cinqs autres bon zicos et d’un chanteur : les Akaras de Scoville. Y’a pas à dire, techniquement ça joue vraiment. Bien que venant du hip-hop, là on est face à des tonalités résolument afro-brésiliennes, très funky. Certes, un peu trop de basses sur les premiers morceaux, le temps d’ajuster le mix et c’est parti. Prenez des cuivres et une très, très bonne section rythmique et le résultat est là : ça groove de dingue ! On apprécie d’ailleurs la batterie mis en avant sur le côté de la scène. Une chaude ambiance qui se conclut par un sacré solo bass-batterie et quand les gars prennent du plaisir sur scène, c’est forcément contagieux.


00h50, “attrape les lasers !”

Après un petit retard, c’est l’heure tant attendue de Joris Delacroix. Bon, tout de suite, il y a forcément un gros contraste avec la première partie de soirée. On aime l'électro mais là, ça sonne un chouia commercial, pas vraiment celle qu’on préfère. On voulait pourtant le découvrir depuis un an, malheureusement ça manque clairement de profondeur, même si ça s’améliore un peu en seconde partie de set. Il en faut pour tous le monde et la foule s’ambiance bien quoi qu’il en soit. Le Natural Games DJ Crew terminent la soirée en duo à coup de divers remix avec entres autres du Daft punk, Dr Dre ou Birdy Nam Nam pour ne citer qu’eux. Ils étaient à la hauteur de leur responsabilité et on est resté à creuser la pelouse jusqu’au bout. Pas loin de cinq heure du mat' et on retourne au camping. Petit crochet obligé par la Dourbie pour un instant fraîcheur et on va s'écrouler sur nos matelas, bercés par le chant matinal des oiseaux.


Jour 2. 15h, les pieds dans l’eau, la tête en l’air

C’est avec une sudation maximale et bien tardivement qu’on revient sur le festival. Il faut dire que depuis vendredi les épreuves sportives commencent dès 9 heures. Mais en toute honnêteté, impossible pour nous qui avons fait la clôture la veille d’arriver opérationnels plus tôt avec cette fournaise. Vouloir tout faire au Natural Games c’est plutôt la mer à boire. On aurait vraiment aimé assister à une épreuve de kayak freestyle mais la chaleur a eu raison de nous. On a donc, comme beaucoup de festivaliers, admiré l’épreuve de parapente acrobatique depuis la rivière au pied du camping. Puis petit coup d’oeil sur la page du fest et, sacrebleu, on apprend que Mr Oizo ne jouera finalement pas ce soir. Il semblerait qu’il ait préféré rester proche de la famille de Philippe Zdar, membre de Cassius récemment décédé.


17h15, toujours plus haut

C’est l’heure de la démonstration de jumpline, pratique freestyle de la slackline. Encore une fois, y’a du niveau puisqu’il s’agit des meilleurs sportifs internationaux pour la discipline, mais se sera encore plus impressionnant ce soir lors de la finale de l’épreuve.  Les activités ne manquent pas en tout cas sur le site : films, conférences, possibilité d'essayer des échasses urbaines, du One wheel, etc., nous on s’est rué sur une démo de monocycle freestyle.  

Malheureusement cette année on relève une fréquentation très réduite en journée avec la canicule. Même les speakers le concèdent au micro à plusieurs reprises. Déjà qu’ils sont bien embêtés avec l’annulation de l’épreuve de VTT Dirt à cause du vent. Cette discipline est généralement l’une des plus impressionnantes, mais après quelques essais, ce sont les riders eux même qui décident de ne pas concourir. Décidément, dure année pour l’orga ! Espérons que la reprise des concerts va faire redécoller tout ça.


20h10, Dub Steppa

A peine le temps de manger un vrai bon hot dog (si rare) et la luminosité décroît enfin. Seul sur scène, au micro comme aux platines, Biga Ranx se produit avec un set résolument dub à présent ! En bons vieux réacs on dira que “c’est plus c'que c’était”. Il faut dire qu’en 2014 lors de son dernier passage aux N.G ou il était accompagné de musiciens et de choristes, l’atmosphère dégagée était d’un tout autre niveau. A cela s’ajoute quelques petits couacs techniques et un son qui laisse parfois un tantinet à désirer. C’est ça quand on joue un peu trop de la reverb et que y’a autant de basses derrière. Il n’empêche, le style colle bien au couché de soleil et ça a le mérite d’enfin remplir la zone et de de chauffer. Faya burn !

 

22h30, le niveau monte d’un ton

Vient le moment de la final de bloc en escalade, sans doute la compétition sportive la plus attendue du festival. Les voies en places paraissent extrêmement dures, ça promet une grosse technicité. A notre grande surprise le speaker fait s'asseoir religieusement tout un festival pour que tout le monde puisse apprécier. Du jamais vu ! A chaque tentative les gens oscillent entre silences angoissés et hurlements d’encouragement. Bien que ce soit les meilleurs compétiteurs français, peu de voies sont achevées. Une épreuve qui se terminera même de manière anticipée sur une blessure et un départ en civière, c’est dire !

Des années que nous voulions voir Synapson vu le level offert en studio. Le duo français démarre son show tout en douceur, puis s'enrichit d’une guitare, de chanteurs et d’un saxo. Le rendu est fidèle à ce que l’on était en droit d’attendre, encore une fois ça groove. Le son est nickel, sans doute le meilleur mix du festival. Ils arrivent même à faire sonner une reprise de Cabrel, un choix qui aurait pourtant pu être dangereux. Transportés, on ne verra pas le temps passer et encore moins la nuit tomber. On enchaîne sur le bord de la scène avec la final de jumpline. Pour le coup, le public est enfin présent à la hauteur de l’épreuve. Les figures s'enchaînent, les compétiteurs rebondissent de plus en plus haut et juste après Synapson l’ambiance est à son paroxysme. Faut dire que le niveau technique de cette discipline assez récente augmente incroyablement chaque année.


00h05, invitation au voyage

Fin des épreuves sportives, la fin de soirée se terminera à grands coups de decibelles et c’est Fakear qui prend la relève.  Bien planant à souhait comme à son habitude, trop diront les détracteurs ! On l’a déjà vu trois fois sur scène cette année et son univers électro-chill teinté de voyages fait toujours le taf. Pas mal de nouveaux morceaux sur sa set list avec un ensemble un peu plus funky que d’habitude, mais vu l’heure il manquait peut-être quelques une de ses tracks qui tapent le plus. Son passage à la Nowadays party V à Lyon par exemple, nous avait beaucoup plus transporté. On ne peut pas non plus lui reprocher de ne pas rester prisonnier de ses tubes.


2h30, de surprises en surprises

Petit tour aux toilettes, un peu la mission aux N.G ! Seulement 6 cabines pour tout le festival et pas d’urinoirs. Comptez bien 15 minutes d’attente à cette heure là ! C’est vite oublié quand c’est il s’agit d’aller prendre la dernière salve de la soirée. Finalement c’est Alvan, jeune artiste qui avait ouvert la journée qui remplace Mr Oizo pour clôturer les lives. Ce qu’il a fait avec brio pour un set improvisé.  On découvre alors de la chill musique avec usage de pad orienté vers le public, comme son prédécesseur. Néanmoins, là on est sur un registre beaucoup plus électro-rock où il officie beaucoup à la guitare électrique. L'artiste a une vraie maîtrise de l’instrument, le mélange reste subtil, pas seulement démonstratif. Après quoi, on se rentre les oreilles rassasiés et on va éclater nos matelas au son de l’after “pirate” improvisé sur un parking non loin de là, où sévissent les derniers motivés.
 

Le bilan


Côté concerts

La chaleur 

Guts et les Akaras de Scoville avec leur musique afro-funky et les bonnes vibes

L’alchimie
Synapson et leur synthpop qui transporte tout en douceur

La découverte 
Alvan et son electro world teintée de rock


Côté sports

Les sueurs froides
L'épreuve de bloc d’escalade qui a fait mal aux bras à tout le monde même en restant assis

Côté festival

On a aimé :

- la gratuité de l’ensemble du festival à l’exception de la soirée du samedi
- le prix réglo des grandes bouteilles d’eau par 40°C
- la patience et la gentillesse du staff tout au long du festival
- la programmation musical qui prend de l’ampleur chaque année
- la proximité du Tarn et de la Dourbie pour se baigner tout au long de l’évènement
- le cashless remboursable ultérieurement 

On a moins aimé :

- l’absence d’urinoirs homme et femme
- l’offre limitée de nourriture végétarienne ou plus healthy
- le très faible nombre de poubelles à l’intérieur du site


Infos pratiques

Prix du festival

Gratuit + 30€ pour le samedi soir

Prix de la bière

6€ à 6.5€ la pinte

Prix de la nourriture

6€ pour un hot dog, 12€ pour le burger/frites maisons

 

Conclusion

L’objectif des Natural Games est de rassembler les meilleurs compétiteurs de sports nature le tout agrémenté d’une bonne dose de son. Contrat rempli, on en prend autant plein les yeux que les oreilles !  De plus, sur ce festival à taille humaine à la formule pour le moins originale, l’ambiance est quand même très détendue. C’est d’ailleurs pour cela que l’event reste très familial. Par ailleurs, l’ensemble des activités sport, nature et gastronomie du département en font un point de ralliement parfait pour un weekend riche et réussi. On rappelle qu’il est totalement gratuit, à l'exception du samedi soir qui ne coûte pas plus de 30€ et c’est sa force. Très raisonnable donc au vu du cadre majestueux et de la programmation grandissante. C’est chaque année une vraie bouffée de fraîcheur pour la petite ville de Millau. On déplore seulement pour cette édition la baisse de fréquentation en journée avec la canicule. Les food trucks présents l’ont d'ailleurs bien ressenti. Mais pas de doute, cela ne devrait entraver la réussite des éditions futures, où l’on aura plaisir à revenir.

Récit et photos : Hoël Grenier