On était à
Xtreme Fest 2019, retour en terre promise

L'Xtreme Fest est entré dans nos cœurs l'année dernière. Au vu de la qualité de l'édition 2019, il risque de le rester encore longtemps. Annonçant guichet complet, le festival a su faire chavirer nos âmes de bisounours pogoteurs avec une programmation encore plus haute en couleur. Laissez-nous vous embarquer dans le Tarn, au cœur du territoire de Jaurès, pour quatre jours aux paradis des t-shirts noirs.

Jour 0. Jeudi 1er août. 22h15, le warm up fait des étincelles

Cette année, le trajet fut très long et non sans peine. On arrive dès le jeudi pour pouvoir profiter de la fin du warm-up. Cette soirée gratuite annonce un beau programme : fanfare metal, percussions explosives et duels de groupes de légende. Ni une, ni deux, on pose notre tente sous les arbres de la petite forêt du camping et on trace sur le site. A peine le temps de prendre une bière que Les Commandos Percu font leur entrée. Le collectif toulousain traverse la foule au rythme de leurs indénombrables instruments pour finir sur scène et faire péter autant de feux d'artifices que de bières déjà vendues ce soir. Il faut dire que le warm-up ne se déroule que sur la scène extérieure, proche du bar… Tentation quand tu nous tiens ! 

Un burger végétarien du Lunch Wagon en main, on se place ensuite devant Pastors of Muppets. La fanfare bordelaise de reprises des classiques du metal enjaille la foule à coup de Rage Against The Machine, System Of A Down, Slipknot et on en passe et des meilleurs. L’ambiance est au beau fixe, les gens chantent, ça sent les vacances.

23h45, Red Hot vs Rage Against the Machine

Il faut dire qu’en ce premier jour, il y a déjà du monde et ça fait chaud aux coeurs pour les organisateurs et les artistes. La soirée se termine avec Rage Against the Peppers, menés au chant par Andreas Martin, plus connu pour son duo de chansons comiques Andreas & Nicolas. C'est sous un air de match de boxe que le guitariste, fervent défenseur de Rage Against The Machine, affrontera le bassiste, supporter des Red Hot Chili Peppers, durant trois rounds, sous le regard attentif d'un arbitre. Après moults blagues, références geek et la mise à nu quasi-totale d'Andreas, le match se terminera par une victoire non méritée des Red Hot. Remboursez ! Il est temps de rentrer au camping et de profiter du bar ouvert jusque tard dans la nuit, pour retrouver nos copains de l’année dernière.

Jour 1. Vendredi 2 août.10h22, comme un lion en cage

En cette première matinée au camping, il est temps pour nous de reprendre nos repères et de comparer le site à celui de l’année passée et finalement peu de choses ont changées ! Il faut dire que le camping à toujours bien roulé à l’Xtreme. On notera quand même que l’offre de nourriture, tout comme sur le festival, est bien plus intéressante. L’accent a aussi été mis sur la prévention auditive et sur les problèmes de harcèlement par le biais de stands d’information. La rampe de skate trône toujours au beau milieu, avec un coin sofa ombragé supplémentaire pour profiter des rides. 
Le vendredi, après quelques aventures aux toilettes (déjà plus de papier) ainsi qu’un passage à l’hypermarché du coin, on se cale devant Real Deal qui réussira l’exploit de casser la cage dès le premier jour grâce à leur hardcore survolté. Sans précédent. Le reste du fest s’annonce priceless ! 

16h15, Police partout, Justin(e) nulle part !

Enfin ! Justin(e), le nom que l’on a pu lire sur toutes les lèvres des festivaliers durant la matinée, ouvre cette première journée. Surement le meilleur groupe de punk chanté en français à nos yeux, et ils nous le prouveront sans problème. Autant de plaisir à entonner en live qu’à écouter attentivement à la maison de par la qualité des riffs, des textes et du nombre de références littéraires.
On se laisse tenter par Ta Gueule qui ne nous convaincra pas le moins du monde : trop de pauses, trop de vannes limite, on passe notre tour et on en profite pour vider notre PEL au stand merch.
C’est au tour de l’Angleterre de faire son entrée en jeu, TRC (photo) débarque sur la scène extérieure pour foutre le bordel. La formation du groupe londonien composée de deux chanteurs fonctionne à merveille, et c’est très plaisant de les voir kiffer et de communiquer leur bonheur aux festivaliers. Définitivement un nouveau groupe à ajouter à sa playlist “Sunday Chill” ! S’en suivra Vitamin X, bien sale et bien bourrin. Le public commence à être chaud lui aussi et ça fait plaisir de voir se dessiner les premiers petits pogos gentillets. 

20h45, Dat Girl

Retour des vieux de la vieille, j’ai nommé Ludwig Von 88. Au risque de voir s'abattre le courroux de Dieu du punk sur nous, on a bien du mal à rentrer dedans. Écart générationnel sans nul doute. On remplit nos verres et on se dirige à l'intérieur attendre Black Bomb A (photo), qui remplace Deez Nuts, annulé peu de temps avant le festival. Formation hardcore française des plus connues, BBA s’impose ! Enfin le premier vrai gros bordel du Xtreme 2019 !
On ressort rejoindre la Zguen Stage et c'est au tour des canadiens de Cancer Bats de nous en envoyer plein les esgourdes. En plus de maîtriser le punk hardcore, le groupe assure aussi les discours en français et nous gratifie d'une jolie reprise de Sabotage des Beastie Boys. On change ensuite d'ambiance avec les inoxydables Svinkels, accompagnés de Waxx à la gratte sur leur tournée. Malgré leurs 25 ans de carrière, les 3 MC's continuent de réveiller le punk qui est en nous et ne manquent pas de distribuer de la 8.6 sur scène. Pour finir, c'est Stinky qui aura l'honneur de clôturer cette soirée. On était visiblement passé à côté lors de la dernière édition du Hellfest, alors qu'ils jouaient à domicile. Ils remplacent au pied levé Backfire, annulé quelques jours avant le festival. Il faut dire que leur hardcore mélo tabasse sévère et la chanteuse au coffre monstrueux est juste impressionnante ! Au vu des échanges qu’on a pu avoir avec les festivaliers par la suite, ils auront globalement laissé une méchante impression.

Jour 2. Samedi 3 août. 11h04, au Nord, c’était les corons…

Pas de temps à perdre, ce matin c'est douche éclair enchaînée d'un combo café/veggie-roll pour se remettre de la veille ! D'ores et déjà un bel attroupement s'organise autour de la cage du camping pour les maîtres incontestés du punk rock libertaire. Alors qu'ils ont déjà joué sur le festival la veille, nul doute que le style de Justin(e) ira à ravir avec cette configuration. Ils proposeront un set alternatif, tout aussi efficace, avec des reprises de Santa Cruz et le, Ô combien fédérateur, "On n'est pas sérieux" de PKRK.

Du côté du "sentier découverte", derrière le camping, on peut admirer, dans une pure ambiance Mad Max, les vieilles machines d’exploitation gigantesques de cette ancienne mine de charbon à ciel ouvert. On profite de l'après-midi de libre pour aller faire quelques voies sur un site d'escalade situé non loin de là, sans quoi le week end n'aurait pas été assez extrême pour nous ! Il faut dire que cette année la base de loisirs proposait beaucoup moins d’activités aux festivaliers, mais avec le lac sur le site, pas de quoi se lamenter.

17h19, une reprise énervée

Après une courte session de baignade (photo), salvatrice, rendez-vous est pris avec Real Deal. Le combo de tourangeaux énervés nous livre un set bien au dessus de ce qu’ils ont pu présenter dans la cage du camping le premier jour. Le chanteur est enragé et entre deux morceaux, fait la part belle aux groupes avec une vraie éthique, Nine Eleven en tête. Quelques pains, mais l'énergie est là et l’après-midi est lancé. On enchainera curieux avec Monde de Merde. Malgré la présence de Pierre, l’excellent ex-Burning Heads, on ne décollera pas plus que ça. Les bières s'enchaînent, la buvette tourne à plein régime et on se rapproche pour Negative Approach. Ces derniers nous laisseront une impression pour le moins... comment dire ? Négative ! 

20h06, old fashioned style

La soirée débute avec les wallons No Turning Back. Le son est lourd et le public répond clairement présent. Le chanteur finira dans la fosse avec un festival de slam juste sous son nez.
Pendant ce temps-là, les gens arrivent en masse devant la Zguen Stage pour accueillir comme il se doit la légende The Casualties, mais pour autant, même si le festival est “sold-out”, on ne se marche pas dessus. Comme toujours, les crêtes démesurés sont au rendez-vous. D’habitude plutôt peu attirés par le style street punk, ici on est agréablement surpris. Très franchement pour du old-school, c’est sacrément propre. 

S’en suivra la déception Ignite qui nous confortera dans notre décision d’écouter nos petits ventre. On se laissera tenter par un bagel frite végé, pas piqué des hannetons, toisant de loin The Toy Dolls. On reste tout de même circonspects par l’aptitude d’un tel groupe à masser les foules et à être en tête de programmation sur l’affiche. Mais qu’importe, minuit est passé et c’est déjà un nouveau jour, laissant le champ libre aux anciens tant attendus Sick of it All. Les rois du "New-York Hardcore" n’ont rien perdu de leur superbe et l’ambiance est survoltée. On ressort trempé de sueur de la tête aux pieds et on dira au merci aux 200 personnes avec qui on a pogoté d'avoir partagé avec nous la leur. 

Jour 3. Dimanche 3 août. 11h15, pénurie de café

C'est un camping en manque de caféine que réveille le groupe Jodi Faster. Cela ne semble pas faire sourciller, et malgré l’heure matinale, les plateaux de pintes vont déjà bon train. Pour ce qui est de la musique, grosse claque, le genre de groupe taillé pour la cage. Comme il n’y a que le poisson mort qui suit le courant, on n’attend pas l’après-midi pour descendre en télésiège retrouver la fraîcheur du lac. Pas mécontents d’ailleurs que le plan d’eau ait retrouvé sa transparence habituelle après la tentative de record de circle pits aquatique de la veille. 

S’en suivra un défilé de bouées pendant qu’au restaurant se tient le show ubuesque des Frères Grumaux, mêlant clowneries et camboui. Mais plus le temps de se fendre la poire, c’est l'heure de Pears, le quatuor de Louisiane qui défonce et leur batteur super carré que le tempo ne semble pas atteindre. Pas étonnant qu’ils soient signés sur le label Fat Wreck ! On regrettera néanmoins un mix son peu avantageux avec une voix trop noyée par moments.

 18h10, la souffrance, l’engagement et les crocos

Le site se remplit à vue d’oeil et le staff arrose le public devant The Dopamines pour lutter contre la chaleur. Ils nous délivrent un pop punk dans la lignée de Off with their Heads, parfait pour un dimanche aprem et ça joue bien. Mais après cet instant ensoleillé on est plongé dans l’obscurité de la salle avec Birds in Row. Le trio que l'Amérique nous envie balance un son hardcore bien sombre. On apprécie la batterie placée au milieu sur le devant de la scène. Leur maîtrise des nuances nous donne tantôt envie de nous taper sur la cage thoracique lors des envolées, tantôt de nous rouler en PLS. A voir et à revoir. 

Et on arrive au paroxysme ! C’est au tour de Guerilla Poubelle sur la Zguen Stage. Avec leurs classiques et plus de 1000 concerts dans les pattes, c’est sans surprise qu’ils seront ceux qui auront le plus fait chanter le public. Toujours le bon mot, avec un engagement résolument anti-sexiste et nous offrant un final puissant avec “Tous les hommes sont des cons”. Par la suite, s’il est un groupe plutôt clivant cette année, c’est bien les russes de Moscow Death Brigade et leur hip-hop antifa. Après un début plutôt calme, le temps pour certains d’encaisser dubitatifs, puis la sauce prend. Malgré les accents punk, hard ou électro on retrouve quand même un flow très hip hop 90’s. On regrette que le 3ème MC aux platines passe autant de temps à faire des photos et des captures en live. 

22h03, “Fuck Netanyahu !”

Sans transition, on enchaîne avec nos chouchous Not on Tour. On ne va pas vous mentir, quand on a découvert qu’ils étaient programmés à l’Xtreme Fest, il n’y avait plus l'ombre d'un doute sur notre venue. Et quelle claque ! Un son de basse claquant qui va bien, le set sans doute le plus dansant du fest et un pogo des plus happy, sans parler de Sima Brami au chant qui met tout le monde d’accord, et qui se permettra quelques remarques pas piquées des hannetons sur la politique de son pays, Israël. 

La soirée bat son plein, c’est la fête, dur de se faufiler à la buvette. Bon nombre se postent déjà au devant de la scène pour Propagandhi. Le groupe de power punk nous envoie une fois de plus un son nickel, ultra travaillé…sans doute trop pour certains. On clôturera avec les patrons : Madball. La réputation qui leur colle à la peau n’est pas usurpée ! Tellement d’énergie dégagée, une présence incroyable du chanteur sur scène, Freddy Cricient, ainsi qu’une communication proche avec son public. Une des plus grandes légendes du hardcore new yorkais parachèvera merveilleusement cette édition comme à chaque fois, à savoir dans l’émotion et la sueur.

Bilan

Côté concerts

La découverte :
Stinky, la ptite bande de Clisson qui envoie du lourd

La session karaoké :
Guerilla Poubelle, qui fédère toujours autant

Les poètes engagés :
Justin(e), qui caressent toujours le sublime, une hargne qui sert des textes incroyables

La claque escomptée : 
Not on Tour, toujours aussi speed, carré et positif. A voir et revoir environ 12000 fois.

La déception : 
LionHeart, complètement desservi par son mix son

Côté festival

On a aimé :

- L'offre de food trucks plus diversifiée et qualitative que l’an passé
- Les verres consignés cette année, alleluia !
- Les prix toujours raisonnables
- Le camping toujours bien géré et ses sanitaires en dur
- Le cadre idyllique et chill grâce à la base de loisirs


On a moins aimé :

L'absence d'activités proposées en option avec le pass cette année
- Toujours un manque d’espace pour chiller sans poussière et sans être enfermé sur le festival

Infos pratiques :

Prix des consommations

- Pinte de bière 5.5€ à 6€ pour les 8.6
- 2.5€ soda, 1€ l’eau, café 1€
- Bagel frite : 9€, burger frite : 10€, burrito : 8€, veggie roll : 8€, frite : 3€

Prix du festival 
jeudi gratuit, 40€ 1 jour
75€ le pass 2 jours
95€ le pass 3 jours

Conclusion

Une fois de plus c’est exténué, bronzé et ravi que l'on repart de l’Xtreme Fest. Il n’y a pas à dire, la recette marche toujours et malgré une fréquentation grandissante, le site de Cap'Découverte continue de nous offrir des week ends d'anthologie dans une ambiance résolument familiale. Sans aller jusqu’à se risquer à le comparer à “un petit Hellfest du sud” comme l’ont fait les Svinkels, l’Xtreme est pourtant une sacrée messe de joyeux lurons en mal d’orchestres amplifiés, comme une colo que l’on ne manquerait sous aucun prétexte chaque été pour retrouver les “copain’gs” et pour laquelle on préparerait bien à l’avance son sac, ses bouchons d’oreilles, sa bouée canard et une bouteille de Ricard. Vous l'aurez-compris, courez-y l’année prochaine, il n’y en aura pas pour tout le monde !

Récit : Hoël Grenier et Kilian Roy
Photos : Kilian Roy