On était à
Le Cabaret Vert, l’édition de la maturité

Après une année 2014 de tous les records, le Cabaret vert avait à cœur de confirmer qu'il joue désormais dans la cour des grands. Un pari pratiquement réussi pour ces quatre jours intenses entre artistes motivés, bières délicieuses et conscience plus verte que verte.

Jour 1. 16h35, Slaves brisent nos chaînes

Arrivés au camping la veille comme la majorité des festivaliers, on se rue sur le premier concert des britanniques de Slaves (photo) pour mettre la machine en route sur la scène Zanzibar, grande scène du festival. Et autant dire que ça commence fort avec le duo composé d'un guitariste et d'un batteur-chanteur déchaîné qui tabasse la foule avec un garage punk on ne peut plus énergique. On les avait découvert aux Eurockéennes et il y a fort à parier qu'on recroisera ces deux là dans les étés à venir. 

22h15, la reine Christine assiège Charleville

La suite se passe au bar Bateau Ivre qui fait face à Zanzibar. Le choix en bière est toujours impressionnant, et on opte pour un demi d’houblon belge à 2,5 bayard, la monnaie locale. Après Daho et Benjamin Clémentine, le Cabaret fait place à l'une des stars de l'été. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on n’avait pas encore eu l'occasion d'apprécier le concert de Christine and the Queens (photo), malgré sa très large tournée. C'est enfin chose faite et l'attente en valait la peine ! Entourée de danseurs, la jeune Française propose un show pop unique très complet où se mêle performances live, danse et des titres déjà bien connus tels que Paradis Perdu ou Heartless. Pour les retardataires restant, c'est en tournée qu'il faudra désormais aller la voir.

00h20, Paul K jusqu’au bout

Tête d'affiche de ce jeudi soir, Paul Kalkbrenner (photo) pose ses platines devant une scène Zanzibar toute acquise à sa cause et bien chauffée par l'électro pop de Shamir qu'il l'a précédé sur la scène des Illuminations, de l’autre côté du festival. A l'électro colorée de l’américain succède donc la techno majestueuse du génie berlinois qui hypnotise la foule de ses rythmes planants. Du moins jusqu'au problème d'électricité qui plonge la grande scène du cabaret dans la pénombre 10 min avant la fin du show ! Au grand regret des techniciens qui doivent trouver la panne, Paul K ne veut pas s'arrêter mais finir son live. Après 30 minutes d'attente en intimité avec lui, entre pause clope et café, le son redémarre sur des petites enceintes sans la puissance sonore du début. Triste problème pour un festival de cette taille, on a été freiné en pleine envolée.

01h45, Gramatik nous met patraque

Pour le dernier concert de la soirée, ce sont les Slovènes de Gramatik (photo) qui nous attendent sur les Illuminations avec une glitch hop groovy dont eux seuls ont le secret. La circulation entre les deux scènes a été améliorée par l’aménagement de l’escalier pour quitter la scène Zanzibar. Bien trouvé ! On arrive à temps et c'est donc sur de grosses basses et des airs de saxophones que le public fournit ses derniers efforts avant un repos bien mérité. La première journée était déjà chargée et ce n'était qu'un début ...

Jour 2, 13h30 Camping vert, camping pépère

Réveil tout en chaleur ce vendredi matin et difficile d'avoir de l'ombre quand on est pas placé sous les arbres, d'autant que les tonnelles ont dans un premier temps été interdites, avant d'être finalement autorisées par la sécurité. En tous cas si l’attente aux guichets était très aléatoire cette année, il faut reconnaître que la gestion du camping a été nettement améliorée en termes d'espaces, et c'est une très bonne chose au vue du nombre impressionnant de festivaliers arrivés dès le mercredi. On a pu y découvrir une nouvelle zone réservée aux tipis ainsi qu’une nouvelle installation pour les douches. Un camping plus grand et des bénévoles très présents, ça fait la différence.

18h00, Jurassic 5 à l’expérience

C'est devant le groupe de rappeurs américains qu'on ne présente plus que l'on se remet dans la danse ce vendredi, même si l’attente pour rentrer dans le festival comme souvent est un peu longue. En tous cas le soleil tape fort et c'est parfait pour accompagner ce gros son hip hop à l'ancienne. Les voix des Jurassic 5 (photo) sont intactes et l'envie indéniablement présente pour jouer des classiques tels que Freedom, qui eux non plus n'ont pas pris une ride. On reste en place ensuite pour The Shoes qui, de leurs propres aveux, se sont sentis comme à la maison, et ça c'est vu ! Gros show et grosse scénographie geek pour une performance délurée du groupe français. On en redemande.

23h10, Zeds dead, c'est vivant

Avant d'assister au live du duo canadien, on est passé devant le duo New Yorkais Ratatat. Guitare, basse et percussions, le jeu de scène est rock'n'roll et le live parfaitement maîtrisé. Parfait avant d’écouter Zeds Dead (photo) sur la scène des Illuminations. Les canadiens passent en revue le large spectre de la bass music, de la dubstep à la trap, en passant par la house, le dj set est puissant et la foule le leur rend bien. Un groupe qu'on aimerait voir plus souvent en festival.

00h10, les Chemicals font sauter les plombs

Déjà vus en festival cet été, on retrouvait les Chemical Brothers (photo) avec l'espoir d'assister à un meilleur show de leur part à Charleville. On a été déçu la première fois, et on ressort désabusés de ce deuxième essai à cause de deux interruptions dues, une fois de plus à un problème d’électricité. De ce qu’on a pu voir, les jeux de lumières sont énormes et nous en mettent pleins les yeux mais leur live reste trop proche de l'album. Du coup, on part pour Mr Oizo à la deuxième coupure. Son set ne ressemble pas vraiment à ce qu'on connaît de lui mais on terminera quand même notre nuit avec son mythique flatbeat pour un dernier envol.

Jour 3. 15h30 Fun under the sun

Encore une journée caniculaire pour ce troisième jour de festival. Mais pas question de lézarder au soleil, on décide d'aller profiter des nombreuses activités proposées à la zone chill out à l'entrée du camping. Sur place on trouve de tout, de la partie d'échecs géants au tournoi de balle au prisonnier en passant par un beer pong. Et pendant que tout le monde s'agite, le public se prélasse à l'ombre ou sous la tente et peut même apprécier la fanfare qui se balade tantôt dans le camping, tantôt sur le festival. Puisqu'on vous dit qu'il y en a pour tous les goûts !

18h02, John Butler Trio, l'apéro surf

Retour aux choses sérieuses après avoir profité du camping, on s'installe devant l'homme que l'on suspecte d'avoir inventé le mot cool. John Butler Trio (photo) et ses nouveaux musiciens nous proposent un show aux ambiances tantôt reggae tantôt country qui se marrient parfaitement avec le soleil de plomb qui brille sur la scène Zanzibar. L'australien enchaîne ses titres et multiplie les guitares pour un moment qui sent bon l'été. Définitivement cool. On reste ensuite devant Jungle. On ne connaît pas trop mais le groupe anglais nous accroche de suite avec sa pop anglaise colorée. Le bon groupe au bon moment !

22h, Selah Sue, marry me !

De retour après un premier passage au Cabaret en 2011, la jeune belge pose de nouveau ses bagages qui se sont considérablement alourdies depuis. C'est désormais en tête d'affiche que Selah Sue (photo) est accueillie, et elle le rend bien. Son live est désormais plus jazz mais conserve quand même des notes reggae, le tout porté par une voix d'or reconnaissable entre toutes. On se dirige ensuite vers le concert de Rone et on assiste à un set travaillé de A à Z et plus punch que son album. Tempo parfait pour nous mettre en jambes pour la suite.

00h10, Limp Bizkit joue la montre

Sans conteste le groupe le plus attendu du festival, Limp Bizkit (photo) débarque devant une Zanzibar prête à exploser. Il ne faut pas longtemps pour que commencent les premiers riffs mythiques du groupe, et avec eux les pogos. Malheureusement, force est de constater que l'euphorie ne dure pas, la faute à un groupe qui tergiverse, nous passe du 50-cent et improvise un blind test alors que tout monde veut jumper sur ses succès les plus connus. Au final, on ressort mitigé d'un concert dont on attendait beaucoup. On part se consoler devant le live de Vandal qui à l'inverse ne tergiverse pas une seconde : ça balance principalement de la hardtek et ça n'a pas l'air de déranger grand monde, bien au contraire ! Après un tour au bar à eau, on rentre tous vidés dans un camping surexcité où les festivaliers taperont sur les poubelles pour continuer la fête jusqu’au petit matin, mais prêt à finir en beauté le lendemain.

Jour 4. 14h03, après la pluie vient le beau temps. Ou pas.

C'est surtout l'inverse qui s'est produit à Charleville pour ce dernier jour puisqu'on se réveille sous la pluie. On évite la déprime et on décide d'aller plus tôt sur le festival pour profiter cette fois de l'espace du Temps des Freaks et tenter d'y trouver un abri. On découvre, comme les années précédentes, un espace très convivial, avec des spectacles d'arts de rue, des animations et des bars en tout genre. On navigue entre les différents stands, l'espace consacré à la bd et le cinéma. Comme nous, les gens s'y mettent au sec et rassemblent leurs dernières forces pour les concerts à venir.

16h10, une fringale ardennaise

Dans une logique d’approvisionnement local, les stands de nourriture présents sur le festival proposent principalement des plats locaux, à notre plus grand plaisir. De la tarte au maroilles à la cacasse à cul nu, on trouve de tout sur le site et c'est souvent bon. Rien à jeter non plus côté bière puisqu'on y trouve des bières belges telles que la Chouffe ambrée ou de la Sedane triple dans les différents bars. Pour les fans de raisin, on trouve des stands de fruits ou un bar à vin, au choix.

17h15. La soul au Temps des Cerises

En plus d'y trouver d'excellentes bières, Le Temps des Cerises propose des concerts d'artistes principalement locaux aux styles très variés. On est passé à de nombreuses reprises devant la dub du Raspect Crew, et on s'arrête ce dimanche devant les français de Back in Time qui régalent la foule en ponchos de titres soul et funk tous plus mythiques les uns que les autres. Il n'y a peut être plus le soleil, mais la bonne humeur est toujours là. On passe ensuite devant les anglais Kitty, Daisy et Lewis qui nous offrent une show dynamique mais intimiste.

19h00 Et dieu créa Tyler

Rappeur américain plutôt rare en festival, c'est bel et bien Tyler, the Creator (photo) que l'on attend ce dimanche. Sur la scène des Illuminations, les festivaliers assistent les pieds dans la boue à une performance brute et sincère de l'artiste. Sa voix rocailleuse se marrie parfaitement à l'ambiance chaotique qui règne entre chaque giboulée et l'enfer prend des airs de paradis quand c'est Tyler qui fait la BO. Vidés et trempés, c'est après ce dernier concert qu'on décide de rentrer, Hubert-Félix et Fakear ne nous en voudront pas.

Le Bilan

Côté scène 

L’instant parfait
Jurassic 5, hip hop au top mon pote.

La surprise
Slaves, ça tape fort!

La valeur sûre
John Butler Trio, et son apéro surf.

Le truc à voir
Christine and The Queens, si c'est pas fait, allez-y  !

Le travail bien fait
Paul Kalkbrenner,  jusqu’au bout.

Comme à la maison
The Shoes, ils sont toujours aussi efficaces

L’inachevé
Limp Bizkit, on voulait vraiment voir un concert de vous !

La déception
Mr Oizo, trop trap pour du Oizo.

Côté festival 

On a aimé :
Un nouveauté : les écrans sur la grande scène
Les toilettes sèches toujours aussi cleans
Les percus/poubelles du camping jusqu'au petit matin
Le grand choix de bières et de nourritures proposées
Les bars à eau proche des scènes
Les bénévoles du camping qui récoltent nos poubelles

On a moins aimé :
Le son trop fort au Temps des Cerises qui s'invite aux Illuminations
Les coupures de son qui cassent l’ambiance
Une queue parfois longue pour re-rentrer dans le festival.

Conclusion 

Il n'y a que la météo qui souffle le chaud et le froid à Charleville-Mézières, car pour sa part le festival fait preuve d'une belle progression. Désormais inscrit comme un festival majeur en France, le Cabaret Vert a su faire les efforts nécessaires pour grandir et il maîtrise désormais bien son sujet, malgré deux grosses coupures de son aux plus mauvais moments, entre un développement durable très concret et une programmation de plus en plus recherchée. Peut-être que l'année prochaine, ils empêcheront même la pluie de tomber.

Un récit de Vincent Maniey. Photos de David Beltramelli