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Copenhell : quand Copenhague rencontre l’Enfer

Amateurs de métal, de catch et de circle pit, une petite virée au mois de juin au Danemark devrait vous faire le plus grand bien : rendez-vous dans l’enfer de Copenhague, le Copenhell.

« La coutume, quand on venait à l’usine B&W pour demander un travail, était de s’adresser à l’ingénieur ; ensuite, l’ingénieur vous regardait de haut en bas, et selon ce qu’il voyait, appelait ou non le service de recrutement », se rappelle Jens Rasmussen, ancien employé de Burmeister & Wein. Fabrique de moteurs diesel utilisés en propulsion navale, le site de Refshaleøen, dans la partie Nord de Copenhague, était ancrée dans le quotidien de ses habitants depuis 1843 et leur fournissait des emplois stables. « Si vous travaillez deux ans chez nous, vous y travaillerez le reste de votre vie », étaient ainsi informés les candidats. Ce qui était bien souvent vrai. Pendant son âge d’or, Burmeister & Wain employait dix mille salariés.

Cent cinquante-trois ans plus tard, l’usine a fermé ses portes. B&W a été racheté en 1980 par le groupe MAN Diesel, qui a finalement décidé de fermer la fabrique en 1994. C’est quatorze ans plus tard que le premier Copenhell investit les lieux : le festival rend même hommage à l’historique chantier naval en 2013, avec le documentaire « Man & Metal », entre visuels léchés de machines antédiluviennes et souvenirs d’anciens employés sur fond de Black Metal apocalyptique.

« The wildest festival in the North » ( « Le plus sauvage festival du Nord » ), annonce Slipknot dans leur vidéo de promotion. Dans un reportage du Bild, on peut voir tour à tour des festivaliers détruire une voiture à coups de masse - masse arborant le logo du festival, s’il vous plaît -, des festivalières nues se frottant le dos dans une baignoire en bois visiblement construite à la main avant de rentrer dans ce qui ressemble à une « sweat lodge », où l’on sue entre potes ; ou encore une belle brochette de métalleux pur jus utilisant la caméra comme prétexte à déballer leurs plus affreuses grimaces.

Un enfer sauvage et bon enfant

Le festival se déroule autour de trois scènes. Helviti est l’endroit rêvé si l’on aime Slipknot, Primus ou Gojira. Sur la scène nommée Hadès, vous pourrez « mosher » au son de groupes un peu plus extrêmes comme Cannibal Corpse ou Bloodbath ; si vous n’êtes toujours pas rassasié, il vous reste le bien-nommé Pandæmonium, scène découverte pour les groupes qui n’ont pas encore signé sur un gros label.

A Copenhell, on trouve bien sûr des boutiques de merchandising avec fringues, disques et affiches ; évidemment un bar, car le Metal n’existerait pas sans bière quoi qu’en disent les plus Straight Edge d’entre vous. Mais, si l’inénarrable tireuse est un grand classique de festival, le Copenhell y a placé une autre scène pour une population qu’on n’imagine pas forcément fréquenter la scène Metal, en ce temps où les musiques électroniques emportent tout sur leur passage : des DJ ! Qui passeront vos tubes vikings préférés, mais moins fort. Et sans les « Circle Pit » ou « Braveheart », activités très prisées par le métalleux. Bref, on peut y boire sa bière tranquille, au calme, et en matant des combats de catch. Oui, de catch. Qu’est-ce que vous pensiez, qu’un festival où on défonce des bagnoles à la masse proposerait des parties de Monopoly ?

Sans couronnes, il faut s’Enfer

Comme B&W jadis, Copenhell « emploie » dix mille métalleux provenant de toute l’Europe, pour un week-end de quatre jours épique en plein Copenhague au début de l’été, cette année du 18 au 20 juin. Et ce n’est pas parce que c’est le seul festival de métal qui se déroule dans une grande ville européenne que vous ne pourrez pas camper : au contraire, on vous vend même des tentes à l’effigie du festival, pour la modique somme de 550 couronnes (70 euros), emplacement compris et tente déjà montée à votre arrivée. Ou alors, si vous êtes deux et aimez le luxe, vous pouvez louer la suite royale avec vue sur le port pour 1874 couronnes (250 euros), dormir dans un grand lit, charger votre téléphone et mettre vos effets personnels dans un coffre qui ferme à clef. Ou vous pouvez aussi amener votre tente et payer uniquement les 200 couronnes (25 euros) demandées pour un emplacement de camping. Bref, vous avez le choix. On vous conseille quand même d’économiser sur le trajet : tout ça plus le pass 3 jours à 1110 couronnes (150 euros), c’est pas donné.

Mais si jamais vous vous retrouvez sans le sou, vous pourrez toujours aller faire un petit tour dans l’enceinte de Christiania, ville dans la ville, cité libre auto-proclamée depuis 1971. A dix minutes en vélo, vous pourrez peut-être y troquer un peu de votre temps contre un café, et même un sandwich si vous êtes sympa ; et bien sûr, en profiter pour découvrir cet endroit, unique au monde.