On était à
We Love Green : quand la nature reprend ses droits

Pour sa 5ème édition, We Love Green a voulu voir les choses en grand en s’installant au bois de Vincennes. De plus grosses têtes d’affiche, 50 000 festivaliers attendus contre 20 000 en 2015, avec un seul mot d’ordre : la nature ! Sur le papier, tout semblait idéal pour passer un premier week-end de juin agréable. Et puis la pluie et la boue sont venues se mêler à une organisation qui n’a pas su réagir. 

Jour 1. 14h15, “Remboursés !”

On avait pourtant suivi les instructions à la lettre : on se pointe à 14h pour l’ouverture des portes en prenant une navette dès la sortie du métro avec grande hâte. Sauf qu’arrivées devant les barrières, on attend. Longtemps. On entend la sécu nous répéter “ça ouvre bientôt” mais rien à faire, aucune écocup remplie de bière à l’horizon. La foule commence à perdre patience et scande “on a faim, on a soif !”, ou encore “remboursés !”. Un quart d’heure plus tard les portes s’ouvrent enfin… avec une heure de retard. Une fois sur place, la mésaventure continue : les scènes sont encore en chantier pour lutter contre la boue et les horaires des concerts sont décalés. La scène des Inrocks Lab est annulée ainsi que le set de L’Impératrice qui devait ouvrir le bal.

17h35, ready, set, pogo

Environ une heure plus tard, les concerts commencent dans le chaos et on n’a toujours aucune information sur le passage des groupes. Finalement on se rend sur la scène de la Prairie, la plus grande du festival, boueuse à souhait et encore relativement vide. Heureusement, Simone Ringer et Raoul Chichin, en dignes descendants des Rita Mitsouko, redonnent de l’énergie à un public un peu perdu. Minuit commence avec un titre qui parle d’amour et on ne s’en priverait pas après tous ces désagréments. S’enchaîne Girl Band (photo), des dublinois au son bien noisy qui provoquent des pogos dont on a encore les courbatures. L’accent irlandais du chanteur nous donne des envies de Guinness et il est temps d’aller au bar.

20h40, tu veux manger quoi ?

Déception : aucune Guinness à l’horizon. Un seule bière, de la Heineken à 7,50 euros la pinte, soit 50c de plus que l’année dernière ! On frôle l’AVC. Et c’est pas fini : deux espaces sont consacrés aux stands de nourriture, d’un côté les burgers frites, et de l’autre un endroit plus aéré avec beaucoup plus de choix : du cru, des crêpes, des tourtes, du bo-bun, des burritos, etc. Le souci, c’est qu’on a pris connaissance que du premier, et ce comme une grande partie des festivaliers. Après 30 minutes de queue à se marcher dessus (photo), on ressort avec des frites surgelées et un burger tout au plus passable pour 12 euros. Bon appétit !

21h33, fa sol la ciré

Malgré tout on ne perd pas le sourire car c’est l’heure des têtes d’affiche ! Hot Chip, qu’on avait déjà croisé à Rock en Seine l’année dernière, électrise la fosse toute entière. Mais c’est surtout quand LCD Soundsystem débarquent comme des rois, sous les cris d’une foule en délire, que l’on oublie tout le reste. On les attendait et ils ne nous déçoivent pas, leur come-back est plus que réussi. On fait aisément fi des gouttelettes qui commencent à tomber tant on est transportées par ce qui s’avérera être le meilleur live de la journée.

01h01, une sortie infernale

Voir la tête d’affiche de la journée a un prix : celui de la sortie tardive. 20 000 personnes qui se dirigent tout droit vers un couloir beaucoup trop étroit dans la boue, sans lumière et sans agent de sécurité, le tout pendant environ 45 minutes, c’est dangereux et casse-gueule. “Hollande démission !” crie un gars à nos côtés. On n’est pas au bout de nos peines : une fois sortis du site, plus de navette, plus de métro et le réseau des taxis/VTC est saturé. Il ne nous reste plus qu’un choix : les jambes. On marche encore une bonne heure avant de pouvoir se jeter sur le premier taxi libre. Il est 2H30.

Jour 2. 16h15, nature et découverte

On l’avoue, on est retourné au bois de Vincennes un peu à reculons après les galères de la veille. Puis on croise de jeunes gens qui font des câlins aux arbres (photo) et certains ont apprivoisé les flaques de boue qui se transforment en aire de jeu. Que voulez-vous, l’appel de la nature. Le temps est plutôt bon et l’on se dirige naturellement vers un son provenant de la scène de la Clairière qui nous caresse doucement les oreilles. Ce son chaleureux qu’on découvre est celui de Dam Funk. L’artiste nous adresse un “stay positive”, un conseil qu’on décide d’appliquer à la lettre.

17h02, flâneries du côté des animations

De la Clairière, on passe à un grand espace consacré à différents stands proposant des activités ludiques et éco-responsables. On écrit des cartes postales, on se cale l’estomac avec un bon burrito au cactus et on peut même s’asseoir dans de l’herbe sèche pour le savourer. Un Think Tank se dresse en forme de pyramide au milieu de ce beau monde où s’enchaînent des conférences dont une portant sur l’engagement politique et citoyens ou intervenants et public échangent. On aime beaucoup aussi les points WC : des toilettes sèches qui s’avèrent extrêmement propres, car nettoyées très régulièrement et pratiquement sans file d’attente.

17h50, girl power

C’est devant Savages et leur son nerveux et énergique que nous avons vu débarquer une super guest star : le soleil ! Depuis le temps qu’il se faisait discret, son arrivée en a étonné et ravi plus d’un. Un afflux de festivaliers débarque alors, sourire aux lèvres, et vient voir la chanteuse Jehnny Beth et sa vitalité débordante. On change ensuite de registre en retournant vers la scène de la Clairière, plus intimiste. On découvre Kelela (photo) et son R&B alternatif qui nous fait profiter au mieux du beau temps. Face au soleil, on ferme les yeux et on se laisse bercer par des instrus envoûtantes, on a chaud juste ce qu’il faut et on vérifierait presque qu’on n’est pas en train de bronzer.

21h00, encore du lourd qui s’annonce

Les têtes d’affiches arrivent et il devient de plus en plus pénible de tenir dans la fosse, tant les gens s’agglutinent et oublient la notion d’espace. Mais comme on a pas envie de revivre une nouvelle fois l’angoisse du public de LCD, on se met de côté. Ce qui nous a permis d’apprécier un combat de boue entre deux personnes (photo). Trêve des plaisanterie, Air débarque tout de blanc vêtus. Certains s’extasient aux premières notes de Sexy Boy: “c’est toute mon adolescence !”. La journée aurait du s’arrêter là. Le charme de PJ Harvey n’a pas du tout opéré sur nous. La setlist est trop gentille, on attend qu’une chanson plus rock’n’roll se dégage, puis finalement rien n’arrive.

Le Bilan

Côté concerts

La découverte
Savages, du bon rock’n’roll mené par une chanteuse charismatique, tout ce qu’on aime.

Les rockeurs énervés
Girl Band, qui a su secouer comme il faut un public un peu mollasson

La perfection
LCD Soundsystem et leur retour magistral dont on se souviendra longtemps

Les maîtres
Air, avec leur dégaine comme s'ils venaient tout droit des cieux. Une prestation sans fausse note et qui nous a embarqué sans détour.

La déception
PJ Harvey, On ne sait pas ce qu’il s’est passé, le charme n’a pas pris.

Côté festival 

On a aimé :
- Le staff souriant et à l’écoute, disponible, prêt à donner des conseils en matière de comportement écolo.
- Les stands de bouffe. De l’italien au mexicain en passant par l’asiatique ou le fast-food, il y en avait pour tous les goûts avec des menus végétariens, vegans et carnistes.
- La diversité des artistes. Du rap, du rock, de l’électro, de la pop… Un catalogue de performances plus singulières les unes que les autres.
- Les toilettes sèches ! Concept qui devient de plus en plus fréquent dans les festivals, avec un staff hyper investi, on n’a jamais vu des toilettes publiques aussi propres. Bravo pour leur travail.

On a moins aimé :
- L’organisation plus qu’approximative et le manque d’information sur place notamment en ce qui concerne les horaires des groupes. On aurait aimé une application mobile accessible à tous.
- Les prix ! 7,50 euros pour une pinte de Heineken et 3 euros pour une bouteille d’eau, on a eu la légère impression de se faire enfler.
- Le manque d’agents de sécurité et de services de soin: un seul sur tout le site et pas assez visible.

Conclusion

D’un jour à l’autre, on passe de la galère au bonheur. We Love Green s’est offert le luxe des grands espaces mais a été dépassé par la météo. Sachant que la pluie s'abattait déjà depuis des jours, on a du mal à concevoir que presque aucun aménagement n’a été fait pour éviter aux festivaliers d’avoir les pieds dans la boue du début à la fin, même si on finit par le prendre avec légèreté. Reste les prix exorbitants et le manque d’infrastructures pour reposer nos jambes, fortement sollicitées sur place et lors des missions sorties. Peu de communication, on retiendra toutefois le sourire des bénévoles et des vendeurs, et le cadre qui, sans toute cette humide pagaille, aurait sans doute fait de cette édition une franche réussite.

Récit et photos : Juliette Ortiz et Antonia Louveau

La pagaille se ressentait aussi du côté bénévolé : 

"Aucune présentation du site n’a été faite aux équipes et aucun plan n’était distribué pour des raisons écologiques. Les responsables des bénévoles n’ont pas eu de tour du festival, donc j’ai du moi-même repérer samedi matin les scènes, les postes de secours qui étaient en back stage, et les points d’eau”, regrette Eglantine*, bénévole depuis quatre ans sur d’autres festivals. “Ca la fout mal un bénévole qui peut aider personne”, confirme Marie*, elle aussi rodée à l’expérience. Autre problème: les tickets-restauration. “Mon rendez-vous était à 10 heures du matin, et mes horaires 16h-19h et 21h-minuit”, détaille Eglantine. “A 17 heures, on m’a distribué mon seul et unique ticket journalier. J’ai du négocier à mort un deuxième ticket, alors que j’ai fait 12 heures de présence sur le site. Le fait de ne pas du tout prévenir ne nous donne pas d’autre possibilité que de rester le ventre vide ou payer un burger à 12€”, dénonce la jeune fille. “Certain(e)s bénévoles avaient rendez-vous à 10h, puis ont du travailler de 13h à 17h, sans avoir pu manger car les restaurants n’étaient pas ouverts le midi”, ajoute Marie. Aucun ticket boisson n’a été distribué, et “les bouteilles d’eau pour les bénévoles sont arrivées dimanche en fin d'aprem”. Les deux bénévoles regrettent également un uniforme peu distinctif, très semblable aux t-shirts vendus au merchandising. “On me prenait pour une revendeuse”, rapporte l’une d’elles. Comme les festivaliers, elles ont constaté une évacuation problématique le samedi soir, rendue encore plus difficile car les bénévoles censés aider n’étaient que peu visibles à cause de leur uniforme. // Témoignages recueillis par Liv Audigagne 
*Les prénoms ont été modifiés à la demande des concernées.